Place dans les programmes

  • L’une des trois rubriques de l’objet d’étude « La parole en spectacle » au programme de français de Terminale Professionnelle s’intitule « Le spectacle de la parole politique ». Dans une optique transdisciplinaire et en lien avec un autre objet d’étude de ce programme « Au XXe siècle, l’homme et son rapport au monde à travers la littérature et les autres arts », cet axe encourage l’étude rhétorique de discours politiques ayant marqué l’Histoire du XXème siècle. L’analyse de l’écriture et de l’éloquence du général de Gaulle s’inscrit donc pleinement dans cette démarche. Cette séance de cours peut aisément être incluse au sein d’une séquence portant sur la mise en scène de la parole politique.

Objectifs pédagogiques

Des pistes d’analyse rhétorique des appels gaulliens doivent permettre à l’élève d’appréhender leurs portées didactique, persuasive et mobilisatrice.

L’Appel du 18 juin est internationalement reconnu comme « l’une des plus fortes expressions de l’histoire de la radio » (Hoog, 2004) depuis son inscription au registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO en 2005. Les activités proposées doivent donc questionner la diffusion et la réception de ce monument du medium radiophonique en plaçant tour à tour l’élève dans un rôle actif d’auditeur et d’orateur. La capacité « Situer la visée d’une parole dans son contexte » et l’attitude « Mesurer les pouvoirs de la parole », clairement définies dans le programme, sont ici mobilisées chez l’élève. Enfin, des compétences plus générales sont sollicitées comme celles de comparer plusieurs documents afin d’établir leur(s) point(s) commun(s) et différence(s), de repérer et d’utiliser les procédés de l’éloquence ou encore de construire un discours argumentatif.

Introduction

Le corpus propose d’analyser les discours, à la fois préparatoire et consécutifs à l’Appel du 18 juin 1940, du général de Gaulle. L’élève de Terminale Professionnelle connaît déjà ce contexte historique et identifie aisément l’Appel comme l’acte fondateur de la Résistance française. Ce présent travail est envisagé dans la continuité de l’étude de la situation « Jean Moulin et l’unification de la Résistance » au programme d’Histoire de la classe de Première Professionnelle.

Il doit susciter chez l’élève des questionnements relatifs à la portée d’une allocution alors que celle commémorée le 18 juin a été très peu entendue et qu’aucun enregistrement n’en a été conservé.

Problématique

Quels procédés fondent la portée d’un discours ? Comment expliquer la portée supérieure d’un discours sur d’autres ? Comment, avec des mots, un orateur peut-il bouleverser, persuader, convaincre et mobiliser ?

Démarche pédagogique

Lien des documents avec le thème étudié

Ces documents permettent de comprendre les étapes d’écriture et de réécriture nécessaires à l’élaboration d’une parole historique de mobilisation. Le programme officiel met souvent en avant d’autres ressources comme le discours de George VI signant l’entrée en guerre de l’Empire britannique, porté à l’écran par Tom Hooper (Hooper, 2010). Un travail sur quatre allocutions gaulliennes, intervenant entre mai et juillet 1940, permet davantage à l’élève d’appréhender la préparation d’une prise de parole d’un point de vue stylistique. Il peut comprendre comment le choix des mots se précise dans l’optique d’un large ralliement.

Justification de la mise en relation des documents

La séance est basée sur des appels connus des élèves (18 et 22 juin 1940) afin d’analyser une rhétorique et ses constantes. Le corpus permet d’envisager la généalogie des appels à la résistance gaulliens et comprend un témoignage parmi d’autres questionnant leur portée (document 5). Aux textes (documents 1, 2 et 3) succède l’image (document 4). Le corpus permet ainsi d’ouvrir sur plusieurs questions : dans la parole, n’utilisons-nous seulement que des mots ? Quelle différence existe-t-il entre conviction et persuasion ?

Mises en activité envisagées et compétences testées (consignes, modalités d’organisation, production attendue).

Première activité : envisager la cohérence du corpus d’appels.

Plusieurs capacités sont mobilisées chez l’élève lors de cette première activité : « identifier le thème, le propos ou la thèse », « classer les documents en les hiérarchisant », « relier les documents et définir le rapport qui les unit ». Elles renvoient aux exigences de la première consigne posée lors de l’épreuve écrite de français du baccalauréat professionnel qui interroge l’unité d’un corpus.

La séance de cours débute par la distribution non légendée des trois appels radiophoniques, dans un ordre aléatoire (doc. 1, doc. 2 et doc. 3). La première consigne consiste à demander à l’élève d’identifier l’auteur (« qui s’exprime ? ») et son auditoire (« à qui s’adresse-t-il ? »). Ensuite, il convient de l’interroger sur le contexte d’écriture de ces allocutions (« quand ? »). Un relevé des champs lexicaux dominants et des pronoms utilisés est attendu. L’élève est ensuite invité à classer ces allocutions dans un ordre lui apparaissant chronologique. Afin de justifier ce classement, il doit mobiliser ses connaissances mais surtout lire attentivement chaque allocution afin de préparer une réponse argumentée, c’est-à-dire s’appuyant sur un relevé d’indices précis. Ces lectures attentives doivent l’amener à comprendre l’urgence et l’importance de ces prises de paroles radiophoniques.

L’élève doit enfin effectuer une présentation de ce corpus de trois documents. La consigne reprend une formulation usitée lors de l’épreuve écrite du baccalauréat professionnel : « En six lignes environ, faites une présentation du corpus en montrant son unité et ses différences ». Afin d’aider l’élève à rédiger sa réponse, le professeur peut fournir une grille standard de comparaison des documents d’un corpus, à compléter au brouillon et présentant les entrées : « nature », « thème / sujet », « objectifs / finalités / enjeu », « tonalités ».

Deuxième activité : identifier les ressorts de l’éloquence d’un homme de lettres.

Les principales connaissances identifiées dans les programmes et sollicitées dans cette activité renvoient aux « procédés de l’éloquence », aux « procédés de soulignement » et, plus globalement d’un point de vue linguistique, aux « lexique des émotions, lexique de la parole et des discours ».

En fonction du temps imparti à cette activité en classe, il est possible de faire travailler les élèves en binômes et de répartir l’analyse des appels au sein de la classe. Chaque binôme aurait ainsi à travailler sur l’un des discours uniquement. Dans cette optique, les questions attachées à chacun des appels doivent alors être proches dans leurs objectifs et leurs formulations. Une mise en commun des réponses doit ainsi permettre à chaque élève de recenser des procédés d’écriture similaires au sein de ces trois appels.

La constitution des binômes peut donner lieu à une adaptation des consignes si certains élèves rencontrent des difficultés particulières. Par exemple, lorsqu’il s’agit de questionner les formules métaphoriques au sein de ces appels, certains binômes peuvent se contenter de la consigne « Relevez et analysez les métaphores dans ce discours ». Pour d’autres binômes, les métaphores peuvent être indiquées. Le travail consiste alors à les analyser, par exemple : « Donnez un sens à cette métaphore ‘La flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas’ ».

Le questionnement, adapté ou non dans sa formulation à un binôme, peut porter à la fois sur le contenu et la forme des discours.

Il peut d’abord revenir sur la thèse et les arguments de chacun de ces appels : « Quelle thèse le général de Gaulle défend–il dans cet appel ? Repérez / Soulignez / Expliquez le passage du texte. » ; « Quels arguments utilisent-ils pour la défendre ? Repérez / Soulignez / Expliquez le passage du texte. ».

Les questionnements d’ordre linguistique peuvent être les suivants :

« Montrez comment De Gaulle utilise les répétitions et les énumérations pour mieux persuader » ;

  • « Surlignez les phrases interrogatives et exclamatives. Quelle est leur fonction ? » ;
  • « Quels procédés utilisent de Gaulle pour s’impliquer dans son discours ? Quel est l’intérêt d’une telle implication ? ». La réponse attendue portera sur l’utilisation de la première personne, des verbes d’action (« dire », « inviter », « parler », etc.), des apostrophes (« croyez-moi »), etc.

Après avoir mutualisé leur travail, les élèves peuvent rédiger, individuellement et en quelques lignes, un développement répondant à l’une des problématiques de séance : « Comment, avec des mots, un orateur peut-il bouleverser, persuader, convaincre et mobiliser ? ».

Troisième activité : mettre en voix les appels non archivés et travailler sur leur réception.

La principale capacité sollicitée, en lien avec l’objet d’étude au programme, est « comprendre comment la mise en scène de la parole contribue à son efficacité ».

L’élève a alors seulement lu les différents appels gaulliens. Il s’agit de constituer des groupes de travail de deux ou trois élèves (selon l’effectif de la classe) puis de mettre en voix et filmer les allocutions non archivées du général de Gaulle (Doc. 1 et 2). A travers cette consigne, l’élève devient tour à tour acteur, récepteur de la parole voire technicien. Ces diverses positions lui permettent d’apprécier l’importance des inflexions, des tonalités, des insistances, du rythme de la parole mais également de soigner sa gestuelle. Chaque élève prépare sa mise en voix, s’enregistre (avec le matériel mis à disposition au sein de l’établissement) puis remédie à son premier enregistrement si besoin. Chaque groupe choisit ensuite l’un de ses membres pour présenter une mise en voix ou en image au reste de la classe. Ce choix oblige les élèves à formuler un retour critique et argumenté sur leur travail.

Chaque groupe doit enfin émettre un avis argumenté sur les travaux des autres groupes, en insistant sur leurs qualités. Des questions peuvent guider les groupes dans la formulation de leurs avis telles que : « Quels éléments appréciez-vous dans cette mise en scène ? », « Pensez-vous que cette proposition puisse s’approcher des appels originaux ? ».

Il est envisageable d’élaborer une grille d’autoévaluation à distribuer aux élèves.

A l’issue de cette activité seulement, l’appel radiodiffusé du 22 juin 1940 est écouté par les élèves, puis celui filmé du 2 juillet 1940 est visionné.

Un rapide travail de comparaisons des allocutions des élèves face aux expressions originales peut être effectué au tableau. Ce travail permet aux élèves de recenser eux-mêmes les différents ressorts d’une mise en scène de la parole.

Quatrième activité : conclusion

A la fin de cette séance, l’élève doit adopter l’attitude « Mesurer les pouvoirs de la parole », définie par le programme. Le court extrait radiophonique de Roger Pruneau (Doc. 5) souligne la mythification et la patrimonialisation de l’Appel du 18 juin, en dépit d’un auditoire limité. Après l’écoute de ce témoignage, une question de réflexion peut être soumise aux élèves en guise de conclusion, comme par exemple : « Selon vous, pourquoi ces appels sont-ils entrés dans l’Histoire ? ». Une réponse personnelle et argumentée de quelques lignes est ainsi attendue, synthétisant les informations précédemment listées quant à la mise en scène de cette parole politique.

Ressources complémentaires :

Bibliographie

François Broche, Georges Caïtucoli et Jean-François Muracciole, Dictionnaire de la France Libre, Paris, Robert Laffont, 2010.

Jean-Louis Crémieux-Brilhac, L’Appel du 18 juin – Et les appels du général de Gaulle des mois de juin et juillet 1940, Paris, Armand Colin, 2010.

François Delpla, L’Appel du 18 juin, Paris, éditions Grasset, 2010

Emmanuel Hoog, L’Appel du 18 juin, Registre Mémoire du monde, REF N° 2004-24.

Filmographie

Tom Hooper, The King’s Speech, UK Film Council, See-Saw Films, The Weinstein Company et Bedlam Productions, 2010.

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