Accueil > La République gaullienne > Construire une « Europe européenne »

Place dans les programmes

  • Cycle 4 – Troisième – Thème 2 : « Le monde depuis 1945 »,  3e sous-thème : « Affirmation et mise en œuvre du projet européen »
  • Terminale ES-L : Thème 4 : «  Les échelles de gouvernement dans le monde de la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours », 2e question « l’échelle continentale »
  • Première STI2D, STL et STD2A : Thème 1 : « La France contemporaine – Histoire et EMC », sujet d’étude au choix : «  Les Français et la construction européenne de la fin des années 1950 à nos jours »
  • Terminale STMG : Thème 1 : «  Le jeu des puissances dans un espace mondialisé »
  • Terminale ST2S : Thème 1 : « L’Europe de 1945 à nos jours », Question obligatoire : «  De L’Europe de Yalta aux derniers élargissements de l’Union européenne (2004 et 2007) ».
  • Terminale professionnelle : Thème 2 : «  L’idée d’Europe au XXe siècle ».

Objectifs pédagogiques

En classe de Terminale ES-L :

– étude critique de documents, seuls ou en confrontation : identifier les documents (nature des documents et auteurs), prélever des informations, comprendre, analyser, prendre une distance critique et montrer les limites éventuelles de ces documents.

– identifier et maîtriser les acteurs et la continuité de la construction de l’Europe : mettre en relation les processus historiques, les faits et les évènements dans la temporalité longue de la guerre froide et des rapports de force entre les États depuis 1945 et montrer les ancrages historiques de l’histoire du monde actuel.

– préparer à la composition en mettant en place une problématique répondant à une question posée et élaborer une argumentation structurée.

– utiliser de façon autonome les Tice en utilisant les ressources en ligne sous la conduite du professeur pour contribuer par exemple à la constitution d’un corpus documentaire ou construire une carte historique ou encore répondre aux questions des documents.

Introduction

En 1958, Charles de Gaulle a l’ambition de poursuivre la construction de l’Europe dans le monde inquiétant de la guerre froide. Il y voit une opportunité pour la France de garantir sa « grandeur ». Refusant l’atlantisme et s’appuyant sur l’entente franco-allemande, il propose une « Europe européenne »  qui privilégie une architecture confédérale préservant la souveraineté des nations et rejette l’adhésion du Royaume-Uni par crainte de ses liens privilégiés avec les États-Unis. Toutefois, ce projet n’est pas partagé par tous les partenaires européens et amène à des résistances et des crises qui limitent les ambitions gaulliennes.

Problématique

Quels sont les buts et les moyens mis en œuvre par le général de Gaulle pour construire une Europe centrée sur la France mais valorisant une coopération entre des États souverains et refusant toute influence des États-Unis ? En quoi ce projet rencontre-t-il des résistances et ne se réalise-t-il pas complètement ?

Démarche pédagogique

Les documents permettent de mettre en évidence la complexité des enjeux européens, les divisions qu’entraîne l’ambition gaullienne de la construction européenne et les tensions qui traversent l’Europe pendant près d’une décennie, de 1958 à 1967.

Ces  documents, tous officiels, montrent les difficultés de la construction de l’Europe décidée par Charles de Gaulle. Une photographie de presse, une caricature allemande (document 2), un texte des mémoires d’un acteur historique et deux extraits de conférences de presse de Charles de Gaulle retransmises à la télévision renseignent sur l’ensemble des idées et des politiques mises en œuvre par les partenaires européens.

La photographie de presse (document 1) met l’accent sur le rôle des dirigeants politiques. Le couple franco-allemand incarné par de Gaulle et Adenauer, devenant le « moteur de l’Europe » permet également d’aborder la réconciliation de la France et de l’Allemagne indispensable à la construction européenne. Grâce à une entente solide entre les deux pays et au rôle décisif des hommes, des initiatives politiques sont possibles. Le plan Fouchet de 1961 (document 3) et le traité de l’Élysée de 1963 (document 4) veulent ainsi renforcer la coopération entre les deux États. Ils sont des moyens d’action de la politique gaullienne mais se révèlent être des réalisations incomplètes.

Le plan Fouchet présenté par Christian Fouchet dans ses Mémoires en 1971 permet d’évoquer le projet de confédération européenne proposé par de Gaulle à ses partenaires européens qui le refusent. Le traité de l’Élysée présenté par Charles de Gaulle en 1964 lors d’une conférence de presse montre que l’idée d’une Europe franco-allemande n’est pas viable.

Ces deux documents associés à la caricature de presse allemande d’Ekö (document 1)  permettent d’aborder les réactions des partenaires européens et de s’interroger sur les convictions et les raisons des choix de chacun.  Ainsi, de façon assez précoce, dès 1960, la conception d’une Europe dominée par la France est moquée par les partenaires européens et les opinions publiques. Ce document issu de la presse ainsi que les extraits des conférences de presse permettent de soulever la question des médias.

Le dossier se clôt par la justification par de Gaulle du second veto en 1967 (document 5) à l’adhésion britannique, sous prétexte de son lien avec les États-Unis. Ce document revient  sur les différentes dimensions du sujet (contexte international, institutions européennes, historique de la construction, modalités et difficultés de l’adhésion). Il permet de faire un bilan de la construction européenne à la fin du mandat présidentiel de De Gaulle.

Un plan chronologique d’étude peut être dégagé :

I- « L ‘Europe, en dehors, au-dessus des États, c’est une chimère »  (conférence de presse du 5 septembre 1960) ou une ambition française pour l’Europe qui s’appuie sur le couple franco-allemand.

II- « « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe ! l’Europe ! l’Europe !… mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien. » »  (entretien avec Michel Droit, le 14 décembre 1965) ou l’échec de la vision gaulliste de l’union politique européenne .

III- «  La nature, la structure et la conjoncture qui sont propres à l’Angleterre diffèrent de celles des États continentaux »  (conférence de presse du 14 janvier 1963) ou le  veto français à l’entrée de la Grande-Bretagne et le refus de l’atlantisme.

Mise en activité envisagée

L’étude se déroule en trois temps et permet la mise en relation des documents : un temps d’analyse de chaque document puis un temps de confrontation suivi d’un temps de rédaction de synthèse. Les documents incitent à mettre en évidence la complexité des enjeux européens, les divisions qu’entraîne la vision gaulliste et les tensions qui traversent l’Europe pendant une décennie.

Il est possible de constituer cinq  groupes d’élèves. Chaque groupe a en charge l’analyse d’un document. Les questions qui impliquent des recherches personnelles se font à la maison en amont ou au CDI et en salle informatique. Elles sont données par le professeur qui accompagne cette phase de recherche et de formulation des réponses. Les élèves peuvent également mener en autonomie des recherches complémentaires. Ce temps se termine par une mise en commun des réponses guidée par le professeur. Dans un souci de compréhension globale, les élèves ont accès à l’ensemble du corpus.

Document 1

– Relevez la date de la photographie.

– Que peut-on dire de la rencontre du général de Gaulle et du chancelier Adenauer alors que la création de la CEE date du 25 mars 1958 et que de Gaulle est revenu au pouvoir le 13 mai 1958 ?

– En quoi l’invitation du chancelier allemand Konrad Adenauer par le général de Gaulle s’inscrit-elle dans le processus de réconciliation franco-allemande ?

– Pourquoi cette rencontre se déroule-t-elle dans un cadre privé ?

– Pourquoi la presse est-elle alors autorisée à photographier la rencontre des deux hommes ?

Document 2

– Identifiez la nature du document et la nationalité de l’auteur.

– Quel métier exerce l’auteur du document ?

– Quelle place occupe le général de Gaulle et ainsi quelle dénonciation politique fait Ekö de cette situation ?

– Comment Ekö caricature-t-il de façon ironique la conception d’une Europe des États défendue par Charles de Gaulle ?

– Que veut ainsi dire le titre ?

– La caricature n’est-elle pas incomplète quant au rôle de l’Allemagne ?

– En quoi ce document peut-il être un témoignage de l’opinion publique ?

– Quelle signification politique donner au document ?

Document 3

– Identifiez la nature, l’auteur et la date du texte. Quel problème peut soulever cette présentation du plan réalisé par son principal acteur ?

– Présentez les positions de chaque partenaire européen.

– Qu’attend, pour la France, le général de Gaulle de la construction de l ’Europe ?

– Présentez le projet de l’« Union d’États »  défendu par la France.  En quoi est-il paradoxal et en contradiction avec les idées politiques du général de Gaulle ?

– Quel État selon l’auteur fait saborder le projet ?

–  Pourquoi  cet État s’oppose-t-il à une Europe supranationale ? Quels sont ses arguments ?

– Expliquez la dernière phrase.

Document 4

– Identifiez la nature du document et son auteur.

– En quoi l’échec du projet français de coopération européenne appelé « Plan Fouchet » est-il à l’origine du traité de l’Élysée ?

– Quels sont les trois arguments nécessitant la naissance du Traité selon Charles de Gaulle ?

– Quel danger représente plus précisément le Royaume-Uni pour la France dans le cadre de l’accord de Nassau ? En quoi alimente-t-il le danger atlantiste réprouvé par Charles de Gaulle ?

– Pourquoi la France est-elle obligée de se replier alors sur l’entente franco-allemande ?

– Quel bilan fait Charles de Gaulle du Traité de l’Élysée, dix-huit mois après sa signature ?

Document 5

– Identifiez la nature du document  et son auteur

– Quels sont les trois arguments présentés qui selon Charles de Gaulle  font que lae Royaume-Uni ne peut  accepter les règles de la CEE ?

– Quel portrait fait Charles de Gaulle de la Communauté ?

– Présentez les différentes positions du Royaume-Uni face à l’Europe.

– Pourquoi selon Charles de Gaulle la conduite du Royaume-Uni amène-t-elle au veto ?

– En fin de compte, de quoi a peur Charles de Gaulle ?

On attend que les élèves prennent des notes organisées des réponses apportées par leurs camarades, éventuellement complétées par leur professeur. Ces notes seront nécessaires pour le temps de la confrontation des documents lors de la mise en commun.

Le deuxième temps, celui de la confrontation, est divisé en deux moments :

Tout d’abord, le professeur a élaboré un document récapitulatif dans le but de synthétiser les réponses des documents analysés précédemment que les élèves doivent compléter par groupe. Le document peut mettre en valeur les différents axes et thèmes saillants de la leçon. Ainsi, il est possible de mettre en relation les documents 1, 3 et 4 pour monter le projet d’une Europe franco-allemande, moyen solide de la construction européenne qui ne répond pas à son projet quand il devient exclusif, ainsi lors du Traité de l’Élysée.

Les questions à poser peuvent être :

– En quoi le couple franco-allemand, au cœur de la construction européenne est un moyen de réalisation de l’Europe selon la vision de De Gaulle ?

– Pourquoi ce choix de l’Allemagne ?

– Pourquoi ne peut-il pas être viable ? Quelles sont les principales tensions ?

– Quel est le bilan en 1963 de  l’entente franco-allemande ? Quelles avancées dans la coopération sont-elles mentionnées ?  Quelle contribution à la construction européenne est-elle évoquée ?

Si l’on ajoute à ces trois documents le document 2, le professeur peut demander aux élèves de montrer que vu d’Allemagne, le couple franco-allemand ne va pas de soi et que de Gaulle veut maîtriser et conduire seul la construction européenne.

Les questions à poser peuvent être :

– Quel est le principal reproche fait à de Gaulle dans sa manière de construire l’Europe selon les dirigeants allemands ?

– Cette critique correspond-elle aux conceptions et ambitions de Charles de Gaulle ?

Les réponses aux questions se font en groupe en s’aidant des  analyses des documents. Elles constituent une avancée dans une élaboration synthétique des documents.

Enfin, en confrontant ces documents avec le document 5, le professeur peut faire émerger un choix opposé, un autre mode de construction européenne, à l’inverse de l’option choisie par le général de Gaulle. Il s’agit du choix atlantiste qui selon Charles de Gaulle va nier la personnalité et la liberté de l’Europe.

Les questions à poser peuvent être :

– A quel type de construction européenne Charles de Gaulles s’oppose-t-il ?

– Quels sont selon Charles de Gaulle les dangers que peut représenter l’entrée du Royaume-Uni dans les communautés européennes ?

Pour faire émerger une réflexion problématisée, le professeur peut demander aux élèves de montrer comment Charles de Gaulle conçoit la construction européenne.

Dans un deuxième moment, les réponses aux questions sont partagées à l’oral et confrontées. Lors de la restitution des réponses, chacun pourra intervenir pour enrichir, nuancer, compléter, confirmer, infirmer la réponse donnée par les groupes des élèves.

Ce questionnement des documents se termine par un troisième temps, celui de la rédaction de deux paragraphes argumentés et organisés en réponse aux deux questions suivantes :

– Le couple franco-allemand, moteur de la construction de l’Europe, 1958-1969.

– La construction politique de l’Europe : ambitions, crises et limites, 1958-1969.

Ce temps  permet aux élèves de  synthétiser leurs connaissances.

Ce travail peut se faire seul ou en groupe.

Le professeur peut également, dans une démarche plus active, demander aux élèves de formuler les titres des questions proposées.

De même, il est possible de réaliser une carte mentale sur le seul thème du corpus puis de  la compléter dans un temps ultérieur du cours sur l’ensemble du chapitre.

Ressources complémentaires : 

Bibliographie

Nicolas Beaupré, Caroline Moine, (dir.), L’Europe de Versailles à Maastricht. Visions, acteurs et moments des projets européens, Paris, Seli Arslan, 2007.

Marie-Thérèse Bitsch, Histoire de la construction européenne de 1945 à nos jours, Paris, Éditions Complexe, [1996], 2006.

Gérard Bossuat, Faire l’Europe sans défaire la France, Bruxelles, P.I.E-Peter Lang, 2000.

De Gaulle en son siècle, Actes des Journées internationales tenues à l’Unesco, Paris, 19-24 novembre 1990, Tome V, L’Europe, Paris, Institut Charles de Gaulle, La Documentation française, Plon, 1992.

Corinne Defrance, Ulrich Pfeil, (dir.), Le traité de l’Élysée et les relations franco-allemandes 1945-1963-2003, Paris, CNRS éditions, 2005.

Michel Dumoulin, Geneviève Duchenne et Arthe Van Laer, (dir.), La Belgique, les petits États et la construction européenne, Bruxelles, PIE-Peter Lang, 2003.

Elisabeth du Réau, (dir.), L’Europe en construction. Le second XXe siècle, Paris, Hachette, Carré Histoire, 2e édition revue et augmentée, [2001], 2007.

Pierre Gerbet, 1957, La Naissance du Marché Commun, Bruxelles, Éditions Complexe, [1987], 2007.

Jean-Michel Guieu, Christophe Le Dréau, Jenny Raflik et Laurent Warlouzet, Penser et construire l’Europe au XXe siècle, Paris, Belin sup, 2006.

Pierre Jardin et Adolf Kimmel, Les relations franco-allemandes depuis 1963, Paris, La Documentation française, coll. « Retour aux textes », 2001.

Pierre Maillard, De Gaulle et l’Allemagne. Le rêve inachevé, Paris, Plon, 1990.

Pierre Maillard, De Gaulle et l’Europe entre la nation et Maastricht, Paris, Tallandier, 1995.

Christine Manigand, «  L’Europe ? L’Europe ! », dans Jean Garrigues, Sylvie Guillaume et Jean-François Sirinelli, (dir.), Comprendre la Ve République, Paris, PUF, 2010.

Henri Ménudier, (dir.), Le couple franco-allemand en Europe, Publications de l’Institut d’Allemand d’Asnières, 1993.

Gilbert Noël (dir.), Penser et construire l’Europe, 1919-1992, Paris, Atlande, 2008.

Marc Nouschi, En quête d’Europe. Construction européenne et légitimité nationale, Paris, Librairie Vuibert, 1994.

Sylvain Schirmann, (dir.), Penser et construire l’Europe (1919-1992), États et opinions nationales face à la construction européenne, Éditions Sedes, 2007.

Benedikt Schoenborn, La mésentente apprivoisée. De Gaulle et les Allemands, 1963-1969, Paris, PUF, 2007.

Hans-Peter Schwarz, Adenauer, t. 1, Der Aufstieg, 1876-1952 et t. 2, Der Staatsmann, 1952-1967, Stuttgart, DVA, 1986 (t. 1) et 1991 (t.2).

Maurice Vaïsse, La grandeur. Politique étrangère du général de Gaulle, 1958-1969, Paris, Fayard, 1998.

John Young, Britain, France and the Unity of Europe, Leicester, UP, 1984.

Sitographie

– le portail officiel de l’Union européenne : http://europa.eu

– le site luxembourgeois et sa bibliothèque numérique ENA (European NAvigator) : http://www.ena.lu

– le site du CVCE  (Centre Virtuel de la Connaissance du l’Europe) : http://cvce.eu

– le site « Toute l’Europe » : http://www.touteleurope.eu

– Fondation Charles de Gaulle : http://www.charles-de-gaulle.org

– INA « Jalons pour l’histoire  du temps présent » : http://fresques.ina.fr/jalons

– la documentation française : dossiers sur la construction européenne :  www.ladocumentationfrancaise.fr

– page Éduscol sur l’Europe : http://eduscol.education.fr/cid47429/ressources-européennes.html

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