Accueil > Le père des institutions de la Vème République > 1946-1958 : la traversée du désert

Place dans les programmes

  • En classe de Troisième, dans le Thème 3 « Françaises et Français dans une République repensée » et tout particulièrement en permettant une coordination des deux premiers sous-thèmes : « 1944-1947 : refonder la République, redéfinir la démocratie » et « La Ve République, de la République gaullienne à l’alternance et à la cohabitation ».
  • En classe de Première des séries générales L et ES, le thème 5 d’histoire permet d’aborder « Les Français et la République » avec comme première question « La République, trois républiques ». La mise en œuvre invite l’enseignant à aborder en deuxième point « Les combats de la Résistance (contre l’occupant nazi et le régime de Vichy) et la refondation républicaine » puis en troisième point « 1958-1962, une nouvelle République ».
  • En classe de Première de série générale S, le thème 3 d’histoire permet d’aborder « La République française face aux enjeux du XXe siècle » avec comme première question « La République, trois républiques ». La mise en œuvre invite l’enseignant à aborder en deuxième point « Des idéaux de la Résistance à la refondation républicaine après la Libération (1944-1946) » puis en troisième point « Une nouvelle République (1958-1962) ».
  • En classe de Première des séries technologiques STI2D, STD2A et STL, le thème 1 d’histoire intitulé « La France contemporaine. » permet à l’enseignant de faire le choix d’un sujet d’étude portant sur « Charles de Gaulle, une vie d’engagements ».
  • En classe de Terminale des séries générales ES et L, le thème 4 du programme d’histoire permet d’étudier « Les échelles de gouvernement dans le monde de la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours ». La première question s’intitule « L’échelle de l’État-nation » tandis que la mise en œuvre permet d’aborder la question de « Gouverner la France depuis 1946 : État, gouvernement et administration. Héritages et évolutions ».
  • En classe de Terminale de série générale S, le thème 3 du programme d’histoire permet d’étudier « Les échelles de gouvernement dans le monde ». La première question s’intitule « L’échelle de l’État-nation » tandis que la mise en œuvre permet d’aborder la question de « Gouverner la France depuis 1946 : État, gouvernement, administration et opinion publique ».
Objectifs pédagogiques

En mettant en avant les raisons qui poussent le général de Gaulle à démissionner en janvier 1946 et à confirmer la construction d’une pensée politique précise, notamment en ce qui concerne le rôle et le poids des partis et du parlement dans les institutions françaises, cette étude permet de considérer la « traversée du désert » comme un moment clef de la fondation de la République gaullienne de 1958. Elle permet en outre d’aborder la question de la variété des sources et l’exercice de l’analyse de document, méthode à acquérir pour les épreuves de baccalauréat.

Introduction

L’expression « traversée du désert », d’inspiration toute biblique, s’est imposée dans le domaine des sciences politiques à la suite de l’expérience de Charles de Gaulle au lendemain de sa démission du dimanche 20 janvier 1946, c’est ce que souligne une source d’information, malheureusement, devenue essentielle aux yeux des élèves du secondaire pour acquérir de l’information : Wikipédia. Désormais, cette expression est employée à tour de bras, tant par la presse politique pour évoquer un retrait temporaire, volontaire ou contraint, de la vie publique d’un homme politique  que par la presse généraliste ou spécialisée pour évoquer tout autre chose. Néanmoins au soir du 20 janvier 1946, Charles de Gaulle démissionnaire ne s’attend certainement pas à marquer l’histoire politique du XXe siècle par ce qui reste dans les mémoires comme « la traversée du désert », au point qu’une médaille commémorative en argent de 50mm, gravée par Rapp représente sur son avers cet épisode.

En effet, comme le souligne l’explicite manchette du quotidien Le Monde du 22 janvier : « Le général de Gaulle se démet de ses fonctions. La crise politique revêt une exceptionnelle gravité » et au regard de celle-ci, Charles de Gaulle est convaincu de son prochain retour au-devant de la scène. Pour autant, est-il possible de qualifier ces douze années qui vont de 1946 à 1958 comme une période de « traversée du désert » qui sous-entend un éloignement important de la scène publique, qu’elle soit politique et/ou médiatique ? En réalité non et pour les spécialistes, la « traversée du désert » de Charles de Gaulle ne dure pas de 1946 à 1958 comme le souligne, l’ambassadeur et conseiller diplomatique du général de Gaulle de 1959 à 1964, Pierre Maillard : « le terme de traversée du désert, bien que traditionnel pour désigner la période qui s’étend de 1946 à 1958, peut certes prêter à sourire. Les premières années, marquées par la création et l’activité du RPF, furent en effet pour le Général des années d’activité publique intense, marquées par de nombreuses déclarations, manifestations, déplacements, rencontres, qui n’évoquent aucunement l’idée d’un désert. Cette activité se situait en outre dans la perspective d’un retour prochain du Général au pouvoir sur laquelle était axée toute la propagande du mouvement gaulliste et qu’on put croire à certains moments, en 1947 notamment, et plus tard au moment des défaites en Indochine, imminente. » De son côté, Bernard Lachaise considère que cette période de la « traversée du désert » s’étend de 1954 à 1958 tandis que Jacques Debû-Bridel, un des « des visiteurs fidèles mais plus ou moins réguliers du Général à Paris durant la traversée du désert » selon Jean Chariot, estime que cette « traversée du désert » est « une période de six années qui débute avec l’échec des élections municipales en 1953 (et le retrait du R.P.F. de la vie parlementaire). »

Problématique

Dans quelle mesure la « traversée du désert » du général de Gaulle, entre 1946 et 1958, constitue-t-elle un réel effacement du chef de la France Libre de la scène politique et médiatique française ?

Démarche pédagogique

L’étude s’inscrit dans le programme des classes de Terminale des séries générales ES et L, dans le thème 4, et S, dans le thème 3, dans le cadre d’une analyse plus globale de la question de « Gouverner la France depuis 1946 ». La question de la construction institutionnelle de la IVe République peut ainsi être abordée en contre-point, c’est-à-dire non pas dans le cadre de la difficile mise en place des institutions de cette nouvelle république sous l’influence du tripartisme mais par le point de vue du général de Gaulle qui démissionne dès janvier 1946, justement parce qu’il s’oppose à la création d’une République semblable à la Troisième déchue où le parlement tient une place prépondérante et où le jeu des partis politiques mène la danse.

Pour guider les élèves on peut proposer les exercices suivants pour lire et comprendre les documents proposés :

Cette vision gaullienne s’exprime dans l’acte de démission lui-même mais surtout dans le discours de Bayeux du 16 juin 1946 (document 1). En effet, de Gaulle s’appuie sur une opinion publique largement partagée qui s’exprime lors du référendum du 21 octobre 1945 au sujet des institutions. À la question de savoir s’il faut élire une assemblée constituante, la réponse est nette : 96 % des votants se prononcent contre la continuation de la Troisième République. De plus, à plus de 60% les votants expriment la nécessaire limitation des pouvoirs de cette assemblée constituante qui n’est donc pas une assemblée législative. Le discours de Bayeux est une réponse formulée par Charles de Gaulle à l’élection de la nouvelle assemblée constituante élue le 2 juin 1946 où le MRP, le PCF et la SFIO sont encore au coude à coude et semblent se diriger vers un nouveau tripartisme et alors que les Français se sont exprimés contre la première mouture de projet constitutionnel soumis à référendum au cours du mois de mai précédent.

Malgré tout, de Gaulle n’est pas entendu et c’est une Quatrième République dont la constitution est finalement assez proche de celle de la Troisième qui est adoptée par l’assemblée constituante le 29 septembre puis approuvée par les Français par référendum le 13 octobre suivant. Pourtant, cette adoption reste globalement clivante puisque seuls 53,5% des votants approuvent la nouvelle constitution.

Charles de Gaulle se met alors en « retrait » avant de revenir sur le devant de la scène médiatique, comme le souligne le commentateur des images du meeting de Bruneval du 30 mars 1947 (document 2), puis politique avec l’annonce de la fondation du RPF à Strasbourg le 7 avril suivant.

S’ouvre alors une période de reconquête pour Charles de Gaulle : reconquête de l’opinion publique avec de nombreux déplacements en province (document 5), reconquête de l’espace politique avec la création du parti (documents 2 et 3), reconquête du pouvoir avec la participation du RPF aux élections municipales des 19 et 26 octobre 1947 puis à tous les scrutins jusqu’à sa dissolution en septembre 1955 avec les élections municipales (1947, 1953), cantonales (1949, 1951 et 1955), législatives (1951) et sénatoriales (1948, 1952). Malgré des succès électoraux indéniables, le mouvement gaulliste ne parvient pas à maintenir son unité. Les gaullistes fidèles à l’héritage politique du général de Gaulle forment alors l’URAS (Union des républicains d’action sociale) qui se transforme en 1956 en RS (Républicains sociaux) tandis que les gaullistes qui ne suivent pas la consigne du RPF de voter contre l’investiture d’Antoine Pinay à la Présidence du Conseil forment l’ARS (Action républicaine et sociale). Cette divergence d’opinion engendre donc la scission et la division est si profonde que le mouvement gaulliste est amoindri. Là commence sans doute ce que les spécialistes appellent « la traversée du désert » de Charles de Gaulle.

Cette « traversée du désert » est marquée, comme le montre la médaille commémorative, par un lieu emblématique : la Boisserie de Colombey-les-Deux-Églises. Assez loin du tumulte politico-médiatique parisien, Charles de Gaulle y effectue une sorte de retour aux sources autour de valeurs ou d’éléments qui lui semblent primordiaux, comme la famille (document 4). Néanmoins, ce retrait à Colombey-les-Deux-Églises n’est que partiel. D’abord parce que le général y reçoit un nombre important de visites. Ensuite, parce qu’il conserve à l’Hôtel La Pérouse dans le 16ème arrondissement de Paris un pied-à-terre parisien et son bureau au 5 rue de Solférino. Surtout, parce qu’il y écrit la suite et la fin de ses Mémoires de guerre, dont le premier tome intitulé L’Appel, 1940-1942, un volume de 680 pages a été publié en 1954 ce qui vaut au général de Gaulle la couverture de Paris-Match, le 9 octobre. Le tome II intitulé L’Unité, 1942-1944 compte 712 pages et paraît en 1956 tandis que le dernier tome de 653 pages Le Salut, 1944-1946 sort en librairie en 1959. Cette publication échelonnée des Mémoires de guerre du général de Gaulle permet ainsi une forme de présence continue et attise une attente quasi constante chez les partisans gaullistes. Enfin, parce que Charles de Gaulle continue à avoir une activité publique – certes restreinte mais néanmoins réelle – avec des « voyages officiels » de représentation, au cours de cette période dite de « la traversée du désert » comme ceux de Cerdon (dans l’Ain) le 24 juin 1956 ou à l’École de Saint-Cyr-Coëtiquidan le 2 août de la même année (document 5).

Ressources complémentaires :

Bibliographie

Jacques Debû-Bridel, « La traversée du désert 1952-1958 », Espoir, n° 14, mars 1976.

Pierre Maillard, De Gaulle et l’Allemagne. Le rêve inachevé, Paris, Plon, 1990, 300 p.

Jean-Pierre Rioux, La France de la Quatrième République, Paris, Seuil, 1980, tome 1.

Jean-François Sirinelli (dir.), Histoire des droites en France, Paris, Gallimard, « NRF Essais », 1992, tome 1.

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